LIPADHOJ :DECLARATION DE LA LIPADHOJ EN RAPPORT AVEC LA SITUATION SECURITAIRE QUI PREVAUT EN PROVINCE DE L’ITURI

La Ligue pour la Paix, les Droits de l’Homme et la Justice, en sigle ‘’LIPADHOJ’’, est très préoccupée par des tensions intercommunautaires qui peuvent résulter des massacres  qui ont eu lieu  au début du mois de février 2018 en Territoire de DJUGU dans la Province de l’Ituri. Elle présente ses condoléances à toutes les familles qui ont perdus des êtres chers.

Elle déplore des cas des tueries incontrôlés dans certaines  entités de Djugu et qui sont faiblement médiatisés. Des violences sexuelles  et des incendies des maisons sont aussi à signaler. Les activités  scolaires et sanitaires sont arrêtées et les  habitants des contrées avoisinantes sont pris de panique. Les enfants et femmes sans défense en sont les principales victimes. Ce climat d’insécurité occasionne ainsi un déplacement impressionnant de la population vers l’Ouganda et dans d’autres territoires sans une prise en charge conséquente.

Elle est terriblement choquée que  des violations graves des droits de l’homme continuent à se commettre jusqu’aujourd’hui.

Elle fustige ce regain d’insécurité facilité notamment par la non éradication des groupes armés et  par la facilité de circulation des armes en toute illégalité.

Elle saisit cette occasion pour rappeler à tous que dans un passé très récent, la Province de l’Ituri a été victime d’une guerre meurtrière qui a endeuillé beaucoup de familles. Cette guerre avait connu  des implications internes et externes  avec des agendas politiques et économiques sans aucune considération aux vies humaines.

Elle rappelle que, sur  demande du Gouvernement congolais, la Cour pénale internationale était invitée à enquêter sur les crimes internationaux commis dans la région. Il s’en est suivi des poursuites contre certains leaders communautaires, dont Thomas LUBANGA et Germain KATANGA, condamnés par la suite. Plusieurs auteurs présumés des faits similaires continuent à circuler impunément, dont certains sont présents dans diverses institutions de la République. Il y a lieu de signaler l’impunité

totale dont jouissent les étrangers qui ont été largement impliqués dans les conflits armés de l’Ituri.

Cette reprise des massacres,  18 ans  après les malheureux évènements des années 99-2000, il y a lieu de se questionner sur la volonté réelle de parties prenantes à la pacification de l’Ituri pour éradiquer cette culture des conflits.

La LIPADHOJ constate de ce fait que :

  1. Le Gouvernement congolais ne priorise pas suffisamment la pacification de l’Ituri ainsi que son développement socio-économique, en contraste avec la

participation significative de cette province au budget de l’Etat ;

  1. Les services de sécurité  semblent se désintéresser de l’éradication des groupes armés, de la circulation illégale des armes et munitions de guerre et de mouvements suspects des personnes étrangères infiltrant l’Ituri ;
  2. La MONUSCO n’a pas fait une bonne lecture de la situation sécuritaire en Ituri en se retirant totalement de Mahagi et de Djugu. Aussi sa présence pour la protection de la population est sujette à caution au regard des crimes qui se commettent là où elle est déployée ;

Il sied donc d’affirmer que tout ce dont les Ituriens ont besoin maintenant, c’est la consolidation de la paix, la restauration de l’autorité de l’Etat et le développement socioéconomique sur toute l’étendue de la province de l’Ituri.

Face à cet état des choses, la LIPADHOJ recommande ce qui suit :

1.    Au Gouvernement central

  • De multiplier des efforts afin d’éradiquer complètement le phénomène « groupes armés » sur toute l’étendue de la Province de l’Ituri ;
  • D’appuyer des projets de développement local, créateur d’emplois pour occuper surtout les jeunes afin qu’ils ne soient pas exposés au banditisme.

2.    Au Gouvernement provincial

  • D’appliquer son programme d’actions présenté lors de son investiture en date du 06 septembre 2016 afin d’instaurer l’autorité de l’Etat dans son ensemble ;
  • Mettre en place et/ou renforcer des mécanismes de contrôle de mouvements suspects des personnes de nationalité étrangère qui s’infiltrent en Ituri et qui seraient de près ou de loin impliquées dans les massacres commis en territoire de Djugu ;
  • D’appuyer et de monter d’avantage des stratégies et mécanismes de réconciliation intercommunautaire.

1.    A la Justice nationale

  • D’enquêter sur les cas de violation des droits de l’homme (assassinat, meurtre, viol, …), d’arrêter les présumés coupables et de les juger avec impartialité ;
  • De poursuivre prioritairement à la CPI les présumés auteurs des crimes internationaux commis en Ituri.

2.    A la MONUSCO :

  • D’appuyer d’avantage les FARDC et la Police dans l’éradication des groupes armés et l’instauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue de la province ;
  • De se redéployer dans les territoires de Mahagi et de Djugu, surtout avec son service de  droits humains ;
  • D’appuyer des initiatives de paix et de réconciliation.

3.    A la CPI :

  • De continuer, dans le respect du principe de complémentarité, ses actions de poursuite des crimes internationaux dans la situation de la RDC, particulièrement ceux commis en Ituri ;
  • De multiplier des séances de sensibilisation commis en Ituri permanente, à travers les organisations de la société civile, impactant un caractère dissuasif à la commission de grave crimes ;
  • De commencer sans tarder, la réparation en faveur des victimes dans les affaires jugées concernant l’Ituri ;
  • D’assister toutes les communautés affectées tout en insistant sur les attributs symboliques des réconciliations inter communautaires ;
  • D’impliquer les anciens chefs de guerres poursuivis et condamnés par la CPI au processus de la Paix et de la réconciliation ;
  • De tenir certaines audiences  publiques intéressantes pour les Ituriens en Ituri de manière à impacter sur la proximité ;
  • De soutenir les organisations intermédiaires dans un partenariat sincère pour une Cour juste et efficace.

4.    A la Communauté iturienne

  • De privilégier un climat de cohabitation pacifique ;
  • D’étouffer toute initiative maléfique visant à raviver les tensions de conflit entre les communautés ;
  • De décourager l’enrôlement des jeunes au sein des groupes armés.

Fait à Bunia et Kinshasa, le 12 février 2018

Pour le Comité exécutif

Eloi URWODHI UCIBA, Coordonnateur.

 

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